Biographie, épisode 5 : Des enfances dignes des Misérables

Années 1910 : « À sept ans, Claude devait se lever à 5 heures du matin pour soigner les bœufs, leur donner à manger et traîner des seaux d’eau pour les faire boire. Puis il devait les étriller et les brosser pour qu’ils soient prêts lorsque les premiers valets commenceraient la journée. Il en était de même le soir, quand les bœufs rentraient, il devait les soigner, préparer leur litière et toute la journée garder les vaches. En ce temps-là, les bergers dormaient à l’écurie. Claude avait donc un petit lit de fer derrière les vaches. Parfois, il avait même les éclaboussures de bouse sur sa couverture. Une nuit, il s'était donné peur, il est allé dormir dans la paille avec le chien pour se rassurer... »


Années 1920 : « Maman a été orpheline dès sa petite enfance, parce que son père est mort dans la Grande Guerre et que sa mère est morte de la tuberculose peu de temps après sa naissance. Délaissée par la famille, ma mère a été mise en nourrice dans les environs de Lyon. Par chance pour elle, une de ses tantes, sœur de sa maman, venait de perdre son bébé. Son mari s’est alors préoccupé de cette nièce, orpheline. Le couple s’est rendu dans la ferme où elle était placée. Ils l’ont trouvée dans un état épouvantable… »


Dans les années 1940, encore ! : « Longtemps, j’ai gardé le souvenir d’avoir couché avec les chèvres dans une grange. Plus grande, j’en ai eu la confirmation par maman. Un jour, elle était venue nous rendre visite chez les paysans à qui elle nous avait confiés. Dans la cour, elle a croisé un petit enfant traînant une brouette de cailloux. Elle lui a dit bonjour ; je ne lui ai pas répondu. Elle s’est dirigée vers le paysan et lui a demandé où étaient ses enfants. Celui-ci lui a répondu qu’elle venait de dire bonjour à sa fille. Maman s’est étonnée : “Mais non, je n’ai vu que ce petit garçon”, et le paysan a confirmé : “C’est bien votre fille”. Ils m’avaient rasé la tête, car mes cheveux leur donnaient trop de travail… »