Biographie, épisode 3 : le transport d'autrefois...

Monsieur A. raconte : "En cette fin de siècle (XIXe), c’était l’époque florissante des usines de soierie. De grandes fabriques s’étaient montées un peu partout en Isère. Chose assez rare, mon grand-père avait pu investir dans l’achat de deux chevaux et d’une calèche pour assurer le transport des ouvrières jusqu’au Grand-Lemps. Elles remontaient chez elles pour un temps de repos qu’on juge dérisoire aujourd’hui : du samedi soir au dimanche en fin d’après-midi. J’imagine l’équipage cahotant sur les chemins… de nuit, et par tous les temps… une lampe tempête suspendue à l’arceau de la capote pour tout éclairage. Je suppose que le coût du trajet était payé à mon grand-père par l’employeur de ces jeunes mains. Après-guerre, dans les années vingt, il investit dans un char à banc et continua cette activité, tandis que certaines filles prenaient le train jusqu’à Voiron. Son retour à vide était mis à profit par les cafetiers qui demandaient à être ravitaillés en alcools par les Maisons Dutruc et Braquit. On buvait alors de l’absinthe, alcool interdit ensuite en 1915, car on disait qu’elle rendait fou. Je me souviens un jour en avoir goûté, sortie d’une bouteille que ma grand-mère avait tirée de derrière les fagots. Mais elle n’était pas fameuse, les années lui ayant fait perdre toute sa saveur…"