Biographie, épisode 17 : se soigner autrefois

La maladie ou l’accident étaient redoutés, parce qu’à la difficulté de trouver et payer un médecin, s’ajoutait une pharmacopée assez limitée…


Monsieur M. raconte (années 1890) :

« Vers 10 ans, alors qu’il gardait un troupeau de vaches, mon père a eu un accident. Il a voulu faire stopper le troupeau en bordure du pré. Une bête l’a poussé et l’a fait tomber du talus sur la route en contrebas. Il s’est cassé le coude. À l’époque, point de docteur et l’on n’avait pas les moyens de payer les soins ! Mon père est resté comme cela. Les grands-parents ont finalement croisé un rebouteux sur le marché à la Toussaint…, mais l’accident avait eu lieu six mois auparavant, il n’y avait plus rien à faire. Ça s’était mal ressoudé. À partir de cet événement, mon père n’a plus pu plier le coude et n’a plus eu de force dans le bras. »


En 1912, un feuillet est glissé dans le livret remis aux nourrices émanant de l’Inspection départementale de l’Assistance et de l’Hygiène publique de l’Isère et libellé comme suit :

« AVIS IMPORTANT - Une maladie des yeux TRES DANGEREUSE peut survenir quelques jours après la naissance de l’enfant et le rendre très rapidement AVEUGLE. Un tiers des aveugles a perdu la vue par suite de l’ophtalmie purulente des nouveau-nés.

Quand un nouveau-né présente de la rougeur -du gonflement des paupières- ou la moindre sécrétion dans les yeux, il ne s’agit pas « d’un courant d’air », mais d’une maladie très grave.

L’enfant doit être examiné et soigné immédiatement le jour même par un médecin.

En attendant l’arrivée du médecin, il faut fréquemment nettoyer les yeux de l’enfant malade avec des tampons de ouate et de l’eau ayant bouilli 20 minutes et redevenue tiède. Ouvrir délicatement les paupières et faire couler l’eau bouillie tiède sur l’œil même pour entraîner toute l’humeur. On savonnera et lavera ses mains pour faire ce lavage et encore après l’avoir fait. La ouate qui aura lavé et essuyé les yeux sera aussitôt brûlée. Il ne faut pas embrasser l’enfant ni se servir de quoi que ce soit qui ait été employé pour ses yeux et son visage, car cette maladie est extrêmement contagieuse. La déclaration en est obligatoire ».

En outre, il est précisé dans les soins hygiéniques à donner à l’enfant qu’il est interdit « d’avoir dans la pièce où est le berceau, des animaux domestiques, chiens, chats, porcs, etc. », précisions qui portent à rire aujourd’hui.


Madame D. raconte (années 1930) :

« Enfant, j’étais sujette aux rhumes et aux otites. Les soins se résumaient à des gouttes, et des cataplasmes de farine de lin à placer sur l’oreille pour faire mûrir l’infection. À l’époque, les antibiotiques n’existaient pas. L’ORL, docteur P., qui était un monsieur très gentil et qui me donnait toujours un bonbon lors des consultations, avait dit à ma mère : “Il faut que votre fille parte une année dans un climat plus chaud, sans brouillard.”

Nous n’avions pas les moyens de m’envoyer dans une maison de santé pour enfants. J’ai donc été accueillie dans un orphelinat à Saint-Cyr-sur-Mer. Il a fallu que je me sépare de mon école et de ma maîtresse que j’aimais bien… »


Monsieur C. raconte (années 1940) :

« Avec l’âge, les grossesses, et sans doute aussi les soucis, ma mère subit quelques métamorphoses. Ainsi, elle perdit lentement mais sûrement toutes ses dents, si bien qu’elle finit sa vie avec une ultime incisive qui lui rendit service jusqu’à sa dernière heure. Il faut dire que, lorsque j’étais gamin, nous ne connaissions pas encore l’existence des dentistes.

Malheureusement, avant de tomber, les dents la faisaient souffrir le martyre et notre pauvre mère souffrante s’enrubannait régulièrement la mâchoire à l’aide d’un torchon noué sur le sommet du crâne. Lorsqu’elle était affublée de la sorte, il ne faisait pas bon se montrer turbulents.

Parfois, ma mère se mettait à saigner du nez de façon étonnante. Ce n’était pas une, mais deux serviettes éponges qu’elle remplissait lors de ces hémorragies. Lorsque je fus plus grand et qu’enfin un médecin se décida à venir jusqu’à nous, celui-ci expliqua à sa patiente qu’elle devait traiter au plus vite son hypertension, sous peine de passer l’arme à gauche. Comme ceci explique cela, nous comprîmes pourquoi plusieurs de ses cousines l’avaient déjà fait… »


Monsieur C. raconte (années 1940) :

« Les petits bobos étaient soignés à l’éther et au mercurochrome, ou encore grâce à des feuilles de lys trempées dans l’eau-de-vie, comme pour faire mûrir un mal blanc (panaris). Pour les rhumes, nous avions recours aux grogs, aux inhalations et à l’aspirine. Les feuilles d’eucalyptus, posées sur le poêle, soulageaient la toux et débouchaient le nez. En cas d’infections respiratoires plus graves, on plaçait au niveau de la cage thoracique des cataplasmes à la farine de lin ou des ventouses. Les ventouses étaient de petits pots en verre que l’on retournait sur la peau, dans lesquels on faisait brûler un bout de coton. La chaleur créait l’effet dépression, ce qui attirait la peau du dos qui se mettait à rougir, ce qui provoquait une révulsion[1]. Je n’aimais pas ça du tout ! Pas plus que la cuillère d’huile de foie de morue qu’on nous donnait pour lutter contre le rachitisme et les troubles de la croissance osseuse… »


Monsieur A. raconte :

« En 1947, j’ai eu une grosse angine et notre médecin de famille, docteur L., m’a prescrit des antibiotiques. Ces remèdes étaient tout récents, et je me souviens qu’il avait été difficile de les obtenir à la pharmacie… »






[1]– Procédé thérapeutique qui provoque un afflux de sang dans une région plus ou moins éloignée de celle qui est le siège d’une atteinte pathologique, dans le but de décongestionner l’organe malade.