Biographie, épisode 13 : Noël


Dans les années 1930 — Madame R. raconte :

Pour la messe de minuit, nous allions à Nazareth (école privée lyonnaise très collet monté, rue Duquesne) pour entendre les trois messes : celle de minuit, celle de l’aube, et celle de l’aurore, comme les Trois Messes basses de Daudet. On ne rentrait pas avant deux ou trois heures du matin. Il n’était pas question alors de faire un réveillon. Nous passions au lit. Je me demandais alors si j’aurais l’occasion d’apercevoir, non pas le père Noël, auquel nous n’avons jamais cru, mais le petit Jésus. J’essayais de résister à l’endormissement, sans y réussir, bien entendu. Au petit matin, nous trouvions dans nos chaussures deux ou trois papillotes, trois fois rien…


Fin des années 1930 — Monsieur C. raconte :

Le soir du 24 décembre, un bataillon de galoches prenait place devant la cheminée de notre grande pièce. Nous n’avions pas de crèche à installer, pas plus que de messe de minuit à écouter à la chapelle. C’est donc après une courte veillée que nous passions au lit.

Malgré des revenus plus que modestes, ma mère se mettait en quatre pour nous faire plaisir. Moi qui dormais d’un œil durant cette nuit stratégique, je compris vite qui était le père Noël. Je me souviens avoir reçu plusieurs années de suite, car j’en faisais une grande consommation, une carabine à fléchettes. Papillotes et oranges venaient compléter le jouet, et nous étions plus que comblés.

L’ouverture des paquets était suivie d’un délicieux repas. Ma mère cuisinait à cette occasion tout à fait exceptionnelle, une dinde ou un canard qu’elle complétait d’un plat de cardons et de quenelles. Pour le dessert, nous nous régalions d’une bûche pâtissière, recouverte d’un glaçage au chocolat.

Muni de mon arme, et le ventre bien plein, j’allais aussitôt à la chasse. Je visais en priorité tous les oiseaux qui volaient le grain de nos poules…


Dans les années 1940 — Monsieur P. raconte :

Les enfants rentraient pour huit jours dans leur famille, après avoir célébré Noël au pensionnat.

À la maison, il ne faisait guère plus chaud que dans nos dortoirs. Dans le corridor du château, l’eau gelait à même le sol tout autant qu’à l’école… mais l’on pouvait quand même jouer à l’intérieur, notamment aux patins à roulettes. Les couloirs formaient d’excellentes pistes, et le demi-tour s’exécutait autour de la table de la salle à manger. Pour fêter la naissance de Jésus, les enfants recevaient quelques papillotes et une orange qu’ils découvraient près de la crèche.


Les habitants de Satolas-et-Bonce racontent :

Le soir du 24 décembre, bravant le froid et souvent la neige, les Satolassiens se rendaient en grand nombre à la messe de minuit. La soirée nous paraissait interminable, car il n’était pas question de souper avant d’avoir communié à l’église. À la sortie, les anciens étaient attentifs au sens du vent. Si la fumée de leur pipe partait au sud, l’hiver serait froid, si elle se dirigeait vers le nord, l’hiver serait doux… puis chacun rentrait chez lui.

Le 25, le repas de Noël était partagé en famille. Le matin, les enfants avaient reçu une orange, une papillote et un petit cadeau. « On n’a pas été gâté en jouet, raconte madame B. Aux écoles, on nous offrait une friandise et une orange le jour du départ en vacances. Mon premier sapin de Noël, c’est un voisin qui me l’avait fabriqué avec une branche de sapin prise à la Garenne. Il y avait mis trois oranges, deux papillotes et une étoile qu’il avait découpée dans un papier de chocolat… »