Vous avez dit écrivain public ?

Qu’est-ce qu’au juste le métier d’écrivain public ? On en parle si peu dans les médias que le commun des mortels a du mal à l’appréhender.

Alors ?

Quel est donc ce métier qui semble venir d’un autre âge ? Est-il conforme à l’image désuète qu’on s’en fait, celle de l’homme à l’écritoire prenant sa plume pour ceux qui en sont incapables ?

Certes, il y a de cela, mais les temps ont changé. Aujourd’hui, savoir écrire ou lire n’est pas l’apanage des plus fortunés et depuis Jules Ferry et ses fameuses lois -dans les années 1880, ça fait un bail !- qui ont rendu l’école obligatoire et gratuite, on peut dire que l’analphabétisme est devenu cas exceptionnel, tout du moins, dans nos contrées…

Certes, mais alors ?

Avez-vous remarqué comme les démarches administratives semblent parfois complexes ? Quand, pour certains, elles déclenchent de longs soupirs d’ennuis par la quantité de paperasses qu’il faut fournir -une nouvelle fois, alors que l’administration connaît déjà tout de nous !- pour d’autres, le simple fait de remplir un formulaire ou de devoir rédiger ne serait-ce qu’un simple courrier de réclamation ou d’explication devient un vrai calvaire.

Parmi eux, on trouve les personnes fragilisées par :

  • Leur difficulté avec l’écriture,

  • Leur âge (étudiants ou personnes âgées),

  • Leur nationalité (étrangers),

  • Leur handicap (personnes malades, handicapées temporaires ou non)…

Je ne me risquerai pas à faire ce raccourci qui réduirait ces dernières souvent contraintes aux minima sociaux à des analphabètes, mais compte tenu de leur situation particulière, ces personnes sont tributaires des différentes administrations qui -habitude bien française- ont toutes leurs exigences, leurs formulaires et leur jargon.

Bref, de la première difficulté en découle une seconde, celle de devoir se dépêtrer de problèmes parfois inextricables, face à des professionnels rompus au traitement des dossiers qu’ils manipulent par brassées chaque jour, dans toute la rigueur de point de vue qu’on leur impose.

Certes, l’écrivain public est le professionnel qui viendra en aide à ces personnes.

Mais alors, pourquoi s’interroge-t-on encore sur le métier d’écrivain public ?

Concrètement, lorsque les postes d’écrivain public sont créés, ils le sont dans les centres sociaux, les mairies, les associations à but caritatif… L’écrivain public est alors salarié de ces structures. Pour autant, vous direz-vous, on n’en voit que très rarement.

C’est là tout le problème. L’écrivain public, malgré toute sa légitimité, est aussi rare qu’un lapin de garenne après une épidémie de myxomatose.

Choix politique, diront certains. On refuse une permanence d’écrivain public pour ne pas rendre visible une population qu’on voudrait ignorer. Du genre, « cachez cette misère humaine que je ne saurais voir… »

Affaire de moyens budgétaires, diront d’autres.

Peut-être l’un et l’autre.

Pourquoi créer des postes d’écrivain public alors que grosso modo, les gens semblent s’en sortir grâce à leur entourage : famille, lorsqu’il y en a une, bénévolat local, et souvent, il faut le reconnaître, bonne volonté des agents territoriaux, assistantes sociales, et j’en passe, qui manifestement ne peuvent pas faire autrement que de donner un coup de main à la personne complètement perdue qui leur fait face ?

Politique et finances ne sont pourtant pas seules en cause.

La réalité est aussi que les écrivains publics diplômés en mesure d’être embauchés sont une denrée rare.

La raison ?

Une seule formation diplômante : celle de la Sorbonne Nouvelle qui délivre une licence professionnelle Conseil en écriture professionnelle & privée - Écrivain public. Conséquence : seulement une vingtaine d’écrivains publics fraîchement émoulus chaque année, prêts à offrir leurs services. À l’échelle d’un pays, une demi-goutte d’eau.

Même si l’on ajoute les diplômés du D.U. de Toulon, et les personnes qui se sont formées à distance par le C.N.E.D. (deux formations qui mériteraient d’être revalorisées au niveau de la licence parisienne), nous sommes toujours devant un désert, sans doute plus aride qu'un désert médical.

Rendre visible cette profession passerait donc par une offre d'envergure de cette formation à l'échelle de la France entière.

Professionnelle diplômée, je n’ai pas choisi de tenir des permanences d’écrivain public, mais plutôt de me consacrer à la transmission mémorielle, une des nombreuses branches de ce métier. Mais il m’arrive d’être contactée par des personnes en détresse, et je n’ai malheureusement que très peu d’adresses à leur recommander dans le nord Isère…

Quelques organismes à connaître néanmoins :

L'association ADATE, pour les personnes migrantes, dont un des bureaux est basé à Bourgoin-Jallieu

La Maison de Justice et du droit de Villefontaine

Le Centre Social Mobile de l'APMV - ADSEA38, pour les gens du voyage

Vous connaissez d'autres organismes compétents ? Envoyez-moi un message, je l'ajouterai à cette liste !

Je conseille à toutes les personnes en difficulté de se faire connaître dans leur mairie de résidence pour exprimer leur besoin : un moyen qui pourrait s'avérer efficace pour une prise de conscience de nos élus.